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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Un petit tour au "cimetière Clinton"

17 Août 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°11)


Un ou (une) Clinton à Goma, ça ne vous rappelle rien ? Moi si ! Un petit tour au cimetière Clinton. Comme dit l’adage, l’assassin revient toujours sur le lieu du crime ! Clinton, c’est le nom que les réfugiés rwandais ont donné au site des fosses communes dans lesquelles gisent pas moins de 250.000 réfugiés rwandais décimés par le choléra en 1994, qui a sévi juste après le passage à la frontière rwando-congolaise de près d’un million d’âmes à l’été  (juillet-août) 1994. La cause du choléra ? Tout le monde vous dira que ce sont les mauvaises conditions d’hygiène qui ont précipité la catastrophe, mais à vrai dire cette épidémie correspond à l’installation sur le site par les Américains des pompes d’eau « potable ». Je ne veux pas voir-là de lien de cause à effet, je fais simplement un constat.

L’administration américaine  avait  interdit aux ONGs  de distribuer de la nourriture aux réfugiés sur le lieu de leur refuge, et les avait obligés à s’installer à Kigali (où il n’y avait plus personne sauf cadavres, charognards et bien évidemment la soldatesque de l’APR qui n’avait pas besoin de secours humanitaire) pour faire revenir les réfugiés au Rwanda. Tout le monde avait oublié que la population rwandaise n’avait pas fui la famine. Ce n’est donc pas la nourriture que devait la faire revenir. Mais voilà une population qui avait appris toutes les règles d’hygiène pour se préserver d’une épidémie comme celle du choléra (c’est une épidémie qui n’existait plus au Rwanda) qui tout à coup se voit assiégée par cette maladie qui n’est causée par rien d’autre que la consommation d’une eau malpropre. Oui tout le monde jusque là, depuis l’arrivée au Zaïre, buvait l’eau du… Lac Kivu. Sans conséquence ! Personne n’avait oublié qu’il fallait la chauffer avant de la boire. 

Et voilà que les Américains dans leur grande magnanimité, constatant que leur plan de rapatriement n’avait pas marché, avaient décidé, non de distribuer de la nourriture à Goma, mais seulement de l’eau ! C’est à partir de là que les réfugiés sont morts par milliers, enterrés par des engins de terrassement français. Les fosses communes creusées par les fossoyeurs français. « Fossoyeur » au propre comme au figuré : les Français  étaient intervenus avec  l’opération Turquoise mais n’avaient pas fait ce que le peuple rwandais attendait d’eux : arrêter la progression du FPR, permettre la continuation des  négociations ainsi tout le monde retournerait chez soi. Tout ceci, grâce non seulement à un gouvernement de cohabitation français de l’époque dont les ministres se faisaient des crocs en jambe pour faire échouer l’initiative de François Mitterrand, mais surtout grâce à la politique du Président américain Bill Clinton qui soutenait le Front Patriotique Rwandais. Il a réussi à faire échec à l’Opération Turquoise qu’il a soutenu du bout des lèvres au niveau du Conseil de sécurité, alors qu’il agissait en coulisses aux côtés du FPR.


Pourquoi Hillary Clinton est-elle si pressée de tourner la page ?


Dès l’installation de Paul Kagame au pouvoir, son armée a bénéficié de l’assistance technique américaine. Le bombardement de Tingi-Tingi c’est eux ! La chasse et l’élimination des réfugiés à travers les forêts équatoriales par des moyens satellitaires, c’est eux ! Le massacre de milliers de Congolais par la formation de rébellions factices, c’est eux ! Actuellement l’on comptabilise plus de cinq millions de morts ! Le décompte n’est pas terminé.  Car l’exploitation des matières premières au Congo n’est pas finie. Et l’on s’étonne que Hillary Clinton soit si pressée de refermer la page ! Comment peut-on refermer la page sur autant de morts qui sont autant de fantômes qui trottent dans les esprits non seulement des Congolais, mais aussi des soldats massacreurs de Kagame ! Oui pour Clinton c’est simple, c’est pour ne pas avoir à y répondre et continuer sans coup férir le pillage du Congo. Car son mari devrait être traîné devant la justice internationale, si la CPI fonctionnait comme il faut. Oui, les exécutants et les commanditaires de tant de massacres de Rwandais et de Congolais.

La façon dont elle s’est sentie vexée lorsqu’un étudiant a parlé de son mari est simplement théâtrale. C’est elle qui est aux affaires, cela s’entend, mais plus ou moins en lieu et place de son Bill de mari. Barrack  Obama  n’y verra que du feu. Bien évidemment les Congolais se sont encore une fois, fait berner et saluent « le retour du Congo sur la scène internationale » !  Et de quelle manière ! Pourtant tout était là pour leur raviver la mémoire : la rencontre Kabila-Kagame dans le no man’s land frontalier entre le Rwanda et le Congo, la visite en parallèle de grands financiers au Rwanda pendant que le Congo lui, était en train de recevoir des leçons. Hillary Clinton n’a pas visité le Rwanda, mais son esprit y était.

Comment ne pas être surpris qu’elle ne dise mot des FDLR pendant son périple ? Car en parlant des FDLR, elle serait obligée de parler de son adversaire l’armée rwandaise au Congo, du CNDP et tout le toutim ! Non elle a simplement parlé de femmes violées « par l’armée congolaise ».  La leçon a été donnée à l’armée congolaise pas aux diverses rebellions. Et tout le reste c’étaient  les richesses du Congo qui étaient à l’ordre du jour, une bonne gouvernance pour pouvoir les gérer ! Au profit de qui ? Et pourquoi tout le monde s’intéresse à une affaire qui concerne les Congolais d’abord ! Le colonialisme a encore de beaux jours devant lui.

© Eugène Shimamungu

www.editions-sources-du-nil

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