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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

RD Congo: Mort programmée de l'enseignement

31 Juillet 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

En hommage à mon ami Nicaise Kibel'Bel Oka lauréat du "Free Press Africa Award", je publie certains des articles du n°205 de son journal "Les Coulisses" du 20 juillet au 15 août 2009

 


Des enfants recrutés dans les groupes armés, des enseignants récupérés par les ONDG, … Où va l’école congolaise à l’Est ?

Makumo, chefferie des Babila/Babombi en territoire de Mambasa (Ituri), ce mercredi 18 février 2009. Autsaï Asenga, gouverneur de la province Orientale et Kimbembe Mazunga, conseiller du Chef de l’Etat en charge des infrastructures assistent à la cérémonie de remise d’une école en matériaux durables construite par la société ENRA Sarl à la population.

Deux faits retiennent l’attention de notre Rédaction. Un, Autsaï Asenga demande à la population de ne pas applaudir  l’acte posé par la société ENRA « qui vole le bois de sa province ». Deux, le village Makumo possède deux écoles primaires et une école secondaire.

 

Une école secondaire non agréée (aucune autorisation de fonctionner) jusqu’en 4e secondaire avec des élèves. A côté de laquelle, une autre école secondaire agréée sur papier ayant numéro et toutes les autorisations mais sans bâtiments ni élèves.

Autsaï Asenga et Kimbembe Mazunga sont repartis sans rien dire, laissant cette situation dramatique sans solution. L’école secondaire non agréée mais dispensant l’enseignement à des élèves de la 1ère en 4e année secondaires dans des locaux acceptables reste non reconnue et les enseignants non payés par l’Etat congolais. L’autre école « fictive » mais reconnue par l’Etat congolais et n’ayant ni élèves, ni bâtiments est payée par l’Etat congolais. Allez-y comprendre quelque chose !

 

 

Nous sommes au Congo avec un ministère de l’Enseignement primaire et secondaire (EPSP), avec des services de contrôle (SECOPER) … Voilà comment l’Etat congolais s’implique dans le fonctionnement des écoles. Ceci démontre à suffisance que l’enseignement et la formation de la jeunesse ne sont, ne seront pas une propriété du Congo.

A l’Est du Congo où la guerre rivalise du business, l’enseignement se meurt. Avec lui, toute la jeunesse est sacrifiée. Ce qu’elle perd dans l’enseignement, elle gagne dans les groupes armés. Par la faute de l’Etat congolais.

-         des enseignants non mécanisés, des enseignants mécanisés mais non payés,

-         des classes surpeuplées, des écoles pédagogiquement non viables,

-         des chefs d’établissements scolaires insouciants qui recrutent sans condition sinon pour renforcer financièrement leurs poches,

-         des écoles qui recrutent pour toutes les classes de la 1ère en 6e année et font le cent pour cent aux examens organisés par l’Etat,

-         le manque des manuels et supports pédagogiques,

-         des écoles sans bancs, au tableau suspendu et pendant.

-         des écoles avec directeurs mais sans élèves et payées.

 

Des ONG qui font plus de mal que du bien dans le secteur de l’enseignement

Abdou Kasereka, licencié en histoire, donnait cours dans deux écoles à Butembo et touchait près de 50 dollars U$. Il avait la charge de former près de 300 élèves. Il a été sollicité par une Organisation non gouvernementale (ONG) de « développement » avec un salaire de 350 dollars U$ qui ne lui laisse plus du temps. Il doit survivre et il a accepté de travailler dans cette ONG abandonnant la formation des élèves. Abdou Kasereka n’est pas heureux. Malgré le salaire lui payé, il se sent vilipendé : « ma place n’est pas dans ce genre de boulot ».

Au Kivu, la guerre s’accommode bien avec les ONG. Tous les enseignants d’anglais ont été raflés par les ONG. Avec un salaire d’au moins 350 dollars U$, on les a affublés des titres trompeurs et moqueurs. Ils sont devenus des ingénieurs, logisticiens, opérateurs. Ceux qui ont été engagés comme sentinelles sont appelés « surveillants, ou boys guards ». Tous, dans leurs nouvelles charges, aiment porter des Motorola collés aux pantalons Jeans.

Les ONG de « développement » ont inventé chaque jour des besoins qui n’existent pas. Elles donnent des salaires fantaisistes et dans cette concurrence déloyale, les enseignants ont déserté les écoles de nos villages. Même des infirmiers, cette race rare, ont abandonné des centres de santé. On assiste avec le concours tacite de l’Etat congolais à un vaste projet d’anéantissement de l’école. Projet mis en place par des ONG. Ceux des enseignants malchanceux qui n’ont pas été récupérés par les ONG sont devenus de véritables mendiants.

Mendiants dans une lutte sans merci des pauvres contre les pauvres, c’est-à-dire les parents démunis qui doivent subvenir aux besoins des enseignants, les parents contre les enseignants avec comme arbitre l’Etat regardant les bras croisés. Les enseignants demandant toujours plus, les parents continuellement en pleurs.

 

Les enfants dans les groupes armés et dans la prostitution

La Constitution de la RDCongo garantit l’enseignement gratuit au primaire pour tous. Mais, dans cette indifférence des gouvernants, l’école pour tous, gratuite ou payante, est déjà morte. Dans son triste rapport avec l’école à l’Est du pays, des centaines de milliers d’enfants sont en déperdition scolaire : ils sont dans des carrières des mines à Durba, Watsa, Mongbwalu, Walikale, Teturi, Opienge, Isiro …

Les filles qui échappent se livrent directement au plus vieux métier du monde, la prostitution. D’autres caressent la kalachnikov dans les groupes armés. A côté de ses enfants non encadrés, des ONG de « développement » nous rabattent les oreilles et nous plongent, toute une nation, dans un cercle vicieux. DDRRR. Et lorsque les groupes armés attaquent un village, ce sont souvent des personnes qui ont investi dans l’éducation de la jeunesse et les infrastructures scolaires qui sont les premiers visés.

Entre Mambasa et Kisangani, près de 600 kilomètres, il n’existe pas d’écoles sérieuses. Alors, vive le recrutement d’enfants dans les groupes armés. Que faut-il pour sauver la jeunesse du Congo singulièrement celle de l’Est face au désintéressement des autorités politico-administratives congolaises ? Tant que l’Etat n’aura pas une attention particulière pour ceux qui travaillent pour la formation de la jeunesse du pays qui voient leur noble travail oublié et vilipendé, le Congo ne décollera jamais. Face à cette ineptie dramatique, ne peut-on pas proposer la suppression de poste du ministre de l’EPSP ? Et le recensement objectif des ONG de « développement » ?

Qui dit mieux !

Les Coulisses

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