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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Le meilleur ennemi (opposant) de Kagame, serait-il lui-même?

27 Juillet 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°10)

 

La relaxe sur insuffisance de preuves du Général Rwarakabije, ex commandant des FDLR,  accusé du crime de génocide par les Tribunaux Gacaca, montre le désarroi dans lequel est plongé le pouvoir de Kigali face à la pression internationale dans le règlement de la crise rwandaise. Ayant promis d’intégrer au sein de l’armée rwandaise ou laisser en liberté au civil les membres des FDLR qui déposeraient les armes, le pouvoir rwandais a plutôt tendance à traduire notamment les chefs de la rébellion et les ex-officiers des Forces Armées Rwandaises devant les Tribunaux Gacaca pour crime de génocide où ils écopent systématiquement de la réclusion criminelle à perpétuité. L’exemple de Paul Rwarakabije est une exception qui vient simplement confirmer la règle. Relaxé pour insuffisance de preuves (c’est-à-dire qu’il peut revenir devant les Tribunaux, dès que le moment opportun de le condamner se présente), on ne peut pas établir sur quelle  validité étaient fondées les preuves présentées pour condamner par exemple le Général Séraphin Bizimungu. Et quelles étaient donc les preuves présentées pour condamner à perpétuité le Général Munyakazi Laurent qui n’a jamais fait partie des FDLR, mais qui a été plutôt un zélé collaborateur du Front Patriotique depuis le maquis et longtemps après la prise du pouvoir dans les massacres de populations des anciennes préfectures Ruhengeri et Gisenyi. Tout ceci donne l’impression d’un certain arbitraire, qui aujourd’hui sert à redorer l’image de Kagame face à l’opinion internationale certes, mais qui jette le trouble dans la tête des rares FDLR qui voudraient déposer les armes.

Nous assistons en effet, ces derniers jours, à une levée de boucliers au niveau de la communication de la part de Paul Kagame et ses thuriféraires sur plusieurs plans : politico-médiatique, militaire, judiciaire etc. On pourrait croire à une certaine panique dans son entourage, probablement à cause de l’approche de l’élection présidentielle en 2010 que Paul Kagame aimerait gagner encore une fois avec un score stalinien ! Tout est question de manœuvre face à l’opinion internationale, mais aussi au niveau politique intérieur. Sur ce dernier plan, il n'y a pas d'inquiétude, les mêmes méthodes utilisées en 2003  peuvent  resservir pour l'élection de 2010, l'inconnue reste la réaction de la communauté internationale.

Au niveau politico-médiatique, l’approche de l’échéance électorale de 2010 sème la panique au sein de l’entourage présidentiel, parce qu’ils ne savent pas exactement ce qu’il faut faire, en dehors du bourrage des urnes, pour éviter que le Chef Paul Kagame ne reçoive une raclée : faut-il interdire les partis politiques qui veulent évoluer en dehors du Forum des partis soumis au Front Patriotique Rwandais ? L'agréation (certainement contrainte) d’un nouveau parti, le PSI (Parti Socialiste Imberakuri) qui a manifesté par son créateur Bernard Ntaganda, une tendance à faire cavalier seul en dehors du Forum des Partis, donne du fil à retordre. Après avoir été intimidé par le régime de Kagame, reste à savoir si le PSI  maintiendra le cap et s’il ne s’agit pas là d’un nouveau parti créé pour faire croire à l’existence d’une véritable opposition à l’intérieur du Rwanda. Un autre parti de l’opposition et non des moindres, les FDU Inkingi (Forces Démocratiques Unifiées), attend, lui aussi, à la porte  et l’on se demande si Paul Kagame, va  octroyer des passeports aux membres des FDU (bien nombreux)  décidés à mettre fin à leur exil en renonçant à leur statut de réfugiés pour aller faire la politique au Rwanda ! Le retard mis par l’administration à délivrer les passeports ne montre-t-il pas l’hésitation de Paul Kagame à accepter des opposants et des élections libres et transparentes à l’échéance de 2010 ? Les FDU vont-elles être agrées ?  C’est toute la question qui embarrasse l’entourage de Paul Kagame, et Paul Kagame lui-même qui dans son for intérieur voudrait se présenter seul à l’élection présidentielle, ou plutôt se présenter contre un pantin membre de l’un des partis du Forum. Mais c’est sans compter avec les pressions internationales provenant plutôt du camp anglophone dont le CHRI (Commonwealth Human Rights Initiative) a estimé que le Rwanda ne devrait pas adhérer au Commonwealth à cause d’un bilan calamiteux en matière des droits de l’homme et de la démocratie.  Le CHRI a pointé du doigt l’absence de la liberté de presse, le harcèlement des journalistes et la loi sur « l’idéologie du génocide » (ingengabitekerezo) que le pouvoir attribue à tout bout de champ à tout opposant qui veut parler librement. Et en cette matière au courant de cette année 2009 le gouvernement rwandais a fait fort en interdisant momentanément à la BBC d’émettre sous prétexte qu’elle avait donné la parole à des opposants suspectés de véhiculer « l’idéologie du génocide » par leurs propos ! L’incarcération de deux journalistes qui a suivi cette interdiction d’émettre de la BBC en onde FM, a été la goutte qui a fait déborder le vase.

Tout ceci est venu annihiler les efforts de communication de son équipe qui, en plein mois de juin (c’est-à-dire, en dehors du mois d’avril) a réussi à faire repasser sur les télés françaises et du monde entier,  les vieilles cassettes de propagande sur le fonds de commerce du génocide, peut-être pour les raisons de la campagne « One dollar campaign » en faveur des rescapés du génocide, mais aussi pour redorer l’image d’un Paul Kagame, ternie par ses remontrances envers la presse.  C’était donc  tout bénéf pour le dictateur Paul Kagame qui s’est offert les plus grandes stars mondiales du football du moment : le Camerounais Samuel Eto’o et Didier Drogba. On ne peut pas savoir combien le gouvernement rwandais a dû investir pour que ces deux stars participent  à la campagne « One dollar campaign », mais tout ce que l’on sait c’est que les deux stars n’ont rien déboursé ! Autrement ça se saurait ! Si c’était réellement pour aider, ils n’étaient pas obligés de se déplacer. Ils pouvaient offrir un don nettement supérieur au petit million de dollars récoltés par l’équipe « One dollar campaign », sans courir le risque de se faire faucher la jambe dans un match de gala perdu  contre une modeste sélection nationale.  Oui, un million de dollars américains (soit 650.000.000 de francs rwandais) déclarés  au mois de juillet 2009), c’est  peu au regard des sommes mirobolantes que touche chacune des deux stars moins généreuses que l’ex-miss France Sonia Rolland qui, elle, a promis un petit « mille euros » (moins d’un salaire de smicard par mois) et qui s’est fait fort de le déclarer  à la presse dans un élan de générosité non dénué d’intérêt −  faut voir aussi si elle a payé la pingre ! Enfin c’est cinq fois plus que ce qu’a déboursé chaque Ministre sous la contrainte ! On appelle ça de l’extorsion de fonds ! En tous cas le spectacle lamentable de « One dollar campaign » doit avoir coûté plus cher qu’il n’a récolté, tout cela sur le dos des rescapés du génocide ! Mais le pouvoir de Kigali ne recule devant rien pour redorer l’image de Paul Kagame : conseillers de luxe (Tony Blair et autres grands professeurs américains), doctorats honoris causa, médailles  et tutti quanti… Tout cela doit avoir un prix, et il faudra qu’un jour ces conseillers nous disent combien ils ont réellement touché pour soutenir une dictature sanguinaire, sans se cacher derrière un bénévolat grassement lucratif surtout en avantages plus ou moins dissimulés ! L’équipe de communication ne recule vraiment devant rien, lorsque le cinquantenaire de la mort du roi Mutara Rudahigwa a été célébré après lui avoir refusé le statut de « héros national » parce qu’il n’a pas contesté la mise destitution de son père Yuhi Musinga et sa déportation en exil en 1931 par les colons belges qui l’accusaient entre autres, d’ « égoïsme et de lubricité ».

Une autre campagne est menée tambour battant contre la corruption et… l’incompétence ! On peut se demander si ce n’est pas le Chef de l’Etat le plus corrompu dans cette république bananière ! Comment ose-t-il prétendre lutter contre la corruption avec l’exploitation illégale des richesses du Congo dont Kigali est devenue la plaque tournante de la commercialisation des minerais !  Est-ce à un Paul Kagame qui n’a pas fait plus de 4 années d’études secondaires de décréter la lutte contre l’incompétence ? Il serait le premier destitué !!  En tous cas avec cette accusation de corruption ou d’incompétence, Paul Kagame en profite pour éliminer ses collaborateurs tutsi les plus proches. Le dernier exemple est celui du Ministre Théoneste Mutsindashyaka, ancien cadre politique (umukada) du Front Patriotique Rwandais dont Abdul Ruzibiza  dans son livre Rwanda : L’histoire secrète, indique qu’il a participé, en compagnie du sergent Deus Kagiraneza, aux massacres à grande échelle de la population civile de Ruhengeri. Il y a une certaine règle systématique suivie par Paul Kagame pour éliminer ses plus proches collaborateurs : lorsqu’ils sont Tutsi, ils sont accusés de corruption, lorsqu’ils sont hutu ils sont accusés de répandre l’idéologie génocidaire ou pire d’avoir participé au génocide et sont traduits devant les Tribunaux Gacaca qui ne font pas dans la demi-mesure et condamnent invariablement à la réclusion criminelle à perpétuité.

L’autre problème qui fait peur à Paul Kagame est celui des FDLR. Il est entendu qu’il doit les utiliser comme un épouvantail afin d’alimenter le fonds de commerce du génocide, et que leur existence justifie en quelque sorte son pouvoir et que sans eux, la dictature au Rwanda serait injustifiable. Quand son homologue congolais, Joseph Kabila, en quelque sorte son garçon de course, a demandé de l’aide, pour liquider le problème du FDLR pour de bon, l’armée rwandaise est entrée au Congo, a regardé et est repartie sans quasiment rien faire, avec un maigre bilan (capture d’une poignée d’officiers et de leurs dépendants) qui a plutôt revigoré les FDLR qui ont repris du poil de la bête. C’est ainsi que le pouvoir de Kigali les veut : un épouvantail qui a, peut-être, récemment provoqué la mise à feu du parc national des volcans par le pouvoir de Kigali quelques semaines seulement après avoir lancé, urbi et orbi, une campagne de reboisement lors d’un baptême folklorique des gorilles à la mi-juin. Le démenti du pouvoir de Kigali selon lequel si les FDLR se présentaient, ils seraient accueillis par un feu de canon et non un feu de brousse, n’a pas convaincu. D’abord, la forêt des volcans est une forêt tropicale humide où le feu ne peut tenir sur une simple mégarde d’un apiculteur, il faut des moyens  plus techniques pour pouvoir y mettre le feu. Ensuite l’on sait que la forêt de Gishwati avait été anéantie par le feu mis par l’Armée Patriotique Rwandaise (devenue armée nationale)  dans les années 1995-1997, sous le prétexte de chasser les « abacengezi ».

La pression internationale commence à peser, mais c’est Paul Kagame qui se l’est mise tout seul, en allant chercher des parrains qui ont certes des intérêts à défendre en Afrique centrale, mais qui tolèrent peut-être moins une dictature sanguinaire par laquelle passent ces intérêts. Une chose est sûre : l’élection présidentielle de 2010 se passera exactement comme celle de 2003, et la communauté internationale fermera encore une fois les yeux. Pas donc besoin pour Kagame de paniquer!

 

Eugène Shimamungu

www.editions-sources-du-nil.fr



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