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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Le coup de gueule du philosophe-écrivain burundais Melchior Mbonimpa

21 Mai 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

La présidence de l'EAC échappe au Burundi


"Le président de la République, quelles que soient ses limites, est une institution. Celui qui l'humilie humilie le peuple burundais".

Mise au point

Je viens de lire dans Burundi news et Burunditransparence des propos plutôt surprenants « l'humilation » du Président du Burundi et partant, de son pays et - c'est nous qui l'ajoutons – de son peuple - dans la Communauté Est-Africaine. Il semblerait que c'était le tour du Burundi de prendre la tête de cette communauté, mais vu que le président Nkurunziza ne maîtrise pas l'anglais et ne réussit même pas à gouverner convenablement son pays, les quatre autres chefs d'État ont décidé de prolonger le mandat du Général Kagame comme président de la communauté. On sous-entend donc que non seulement ce dernier maîtrise cette langue magique qu'est l'anglais, mais encore, il serait indiscutablement plus compétent que le Président Nkurunziza. Je suppose que la preuve dirimante de cette compétence en question résiderait dans le fait que l'ordre règnerait actuellement au Rwanda tandis que le Burundi serait livré à l'entropie, au désordre.

J'ai de moins en moins l'habitude d'intervenir dans ce genre d'agoras. Je n'appartiens à aucun des partis en compétition au Burundi, et je ne suis certainement pas un griot du régime en place. En prenant la liberté de dire mon point de vue, mon intention n'est pas de défendre le régime ou le Président de la République, mais seulement de mettre quelques points sur des « i » qui en manquent cruellement, selon moi. Je ne veux alimenter aucune polémique inutile. Je cède simplement à la tentation de sauter dans ce débat, parce que je me sens irrésistiblement provoqué. Le plus court chemin pour sortir d'une tentation, c'est parfois d'y succomber.

Selon moi, le Burundi n'est pas entré dans la Communauté Est-Africaine par erreur et « sans préparation ». À diverses occasions, j'ai défendu passionnément l'idée que l'appartenance du Burundi à l'ensemble est-africain est la chose la plus naturelle qui soit. Notre pays n'avait besoin d'aucune « préparation » pour entrer dans cette Communauté. La décision ne fut qu'une ratification d'une évidence qui crève les yeux. Le Burundi se trouve depuis toujours dans cet ensemble régional, géographiquement, économiquement, et même culturellement dans la mesure où ce pays est situé en plein milieu de la zone swahili. Par ailleurs, je crois que c'est y aller un peu trop vite en besogne que d'affirmer qu'il n'y a pas de Burundais capables de mener des négociations en anglais ou en swahili. Je ne les ai pas comptés, mais je suis sûr que si l'on prenait la peine de vérifier, on en trouverait, et à foison, notamment parmi ceux qui ont longtemps séjourné comme réfugiés en Tanzanie, au Kenya et dans beaucoup d'autres pays anglophones.

Le second point que je voudrais aborder est celui-ci : si les quatre chefs d'État ont décidé de sauter le tour du Burundi parce que le Président burundais n'est pas anglophone, ma réaction est qu'ils avouent par là leurs propres limites ! Ce serait leur incapacité de comprendre le français qui les aurait forcés à prendre cette décision. Je vis et je travaille dans un pays bilingue, le Canada. Quand je suis obligé de diriger ou de subir des réunions uniquement en anglais parce que les seuls unilingues sont les anglophones, je ne me sens pas inférieur à eux : c'est l'inverse. Et puis, comment ne pas penser à ceci : nous ne sommes plus à l'époque de l'Ancien Testament ! Donc, dans les rencontres de ce genre d'entités multinationales, la traduction simultanée devrait aider Museveni, Kagame et les deux autres à comprendre ce que Nkurunziza leur dirait en français ou en kirundi. Je suis presque certain que ce dernier comprendrait leur anglais (et le kinyarwanda de Kagame), même sans traduction. C'est donc un peu ridicule d'affirmer que de nos jours la langue, n'importe quelle langue, serait un obstacle insurmontable dans une arène internationale – surtout quand l'un des membres de ce club (le plus petit) est même capable de payer généreusement l'énorme cotisation qu'on exigeait du Burundi : un million de dollars !

Dernier point : j'ai mille raisons de préférer le désordre burundais à l'ordre rwandais. C'est faire preuve de mémoire courte que de nous donner notre voisin du nord comme modèle à suivre. Personne ne me convaincra que le Rwanda qui vient d'interdire la BBC sur son territoire est l'Eden ou l'heureuse patrie de la respiration de l'esprit. Croyez-y si vous voulez, mais n'essayez-pas de me recruter dans votre secte. Burundi News et Burunditransparence ont certainement le droit de critiquer le régime de Bujumbura. La dissidence a droit de cité parce que nous ne sommes pas en régime d'unanimité factice, entendez, en régime totalitaire. Je ne dis pas que le pouvoir actuel de Bujumbura n'a aucune tentation totalitaire, je dis seulement que depuis le recours aux urnes en 2005, cette tentation n'a pas réussi à s'imposer et à redevenir dominante, écrasante. On s'exprime plus librement au Burundi qu'au Rwanda, même si parfois, des journalistes sont jetés en prison. Jusqu'à preuve du contraire, le désordre burundais signifie paradoxalement que nous avons franchi un pas de géant. Nous avons souvent l'impression lancinante de tourner en rond et de faire du « sur-place », mais il faut rappeler que des positions ont été conquises, au prix du sang. Ne jamais abandonner ces positions, c'est un impératif catégorique : la rechute dans la dictature de caste serait une catastrophe sans nom. Mais le front humain pour obtenir plus de droits pour tous, plus de liberté et… de responsabilité pour tous, est plus nécessaire que jamais. Je voudrais qu'il n'y ait aucune méprise : mes propos ne sont pas démobilisateurs. La montée au front devra toujours rester à l'ordre du jour, car les droits acquis ne se maintiennent qu'au prix d'une lutte dure, permanente et, malheureusement, parfois sanglante.

En conclusion, je dis à Burundi news et Burunditransparence : je vous lis chaque jour avant de commencer ma journée normale de travail ! Bravo et merci de me tenir si bien informé sur mon pays d'origine, même si parfois, comme sur le sujet qui nous occupe, vous me donnez l'impression de balancer n'importe quoi « sur le net ». Sur cette histoire de la Communauté Est-africaine, vous avez bien sûr le droit de garder votre opinion, mais permettez-moi de garder la mienne, et d'affirmer sans ambages que vous ne m'impressionnez pas.

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A
<br /> <br /> Merci pour l'analyse !!<br /> <br /> <br /> <br />
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E
Lu pour vous sur DHR<br /> <br /> Ce qu'il ne faut pas perdre de vue: c'est l'Etat rwandais actuel, composé essentiellement d'émigrés anglophones surtout originaires de l'Ouganda, qui fait partie du cercle de ces pays "historiquement" anglophones (Ouganda, Tanzanie, Kenya) qu'est l'EAC. Mr Shimamungu l'a rappelé dans son commentaire ci-dessous: l'essentiel des élites rwandaises avait été historiquement formé à l'école francophone, ce qui est aussi le cas du Burundi. Au contraire, les élites des trois pays (Ouganda, Tanzanie, Kenya) initiateurs de l'EAC, elles, sont historiquement anglophones de formation. Il y a cette impression que ce n'est pas le Rwanda et son peuple essentiellement de culture francophone qui aient été admis en tant que tels au sein de l'EAC, il apparaît que ce serait plutôt le régime rwandais d'obédiance anglaise qui a bénéficié de cette admission. Objectivement, d'un point de vue linguistique, le Rwanda n'avait pas plus de probabilité d'être incorporé au sein de l'EAC que le Burundi. ce dernier aurait eu à sa tête un pouvoir d'obédiance anglaise, comme le Rwanda, qu'il n'aurait actuellement aucun souci à s'épanouir au sein du club anglophone qu'est l'EAC. En outre, en tenant compte de cette "charte" des langues en usage au sein de l'EAC, l'anglais et le swahili, le Burundi a un atou par rapport au Rwanda, et même par rapport aux trois autres. En effet, il y a plus de Burundais moyens s'exprimant couramment en swahili que de Rwandais moyens capables de le faire. Et combien d'Ougandais parlent couramment le swahili? Pas des masses, à mon avis.<br /> <br /> Par ailleurs, dans l'avenir, il sera intéressant de voir quel sera l'attitude de ce noyau anglophone historique par rapport à un pouvoir rwandais cette fois de culture francophone. Les élections présidentielles approchent au Rwanda; et si les "francophones" les remportaient?<br /> <br /> ROB.
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E
Chers amis,<br /> Je partage le coup de gueule de Melchior Mbonimpa dont j'apprécie par ailleurs les écrits. L'EAC aurait dû se préparer à accueillir deux pays francophones (le Rwanda et le Burundi) en son sein en aménageant ses institutions notamment au niveau linguistique. Ceci n'aurait pas pu coûter cher étant entendu qu'il existe d'autres institutions notamment l'Union européenne qui fonctionnent avec plus d'une vingtaine de langues. Une autre langue (le français) en plus de l'anglais et du swahili utilisées au sein de l'EAC devrait avoir les mêmes honneurs si sincèrement les trois pays fondateurs de l'EAC avaient voulu intégrer les deux petits nouveaux. Seulement je constate que Kagame a fait le forcing pour que le Rwanda entre dans cette communauté alors que le Burundi y est entré à reculons. Mais cela ne devrait pas cacher également les difficultés du Rwanda qui peine à devenir anglophone malgré la politique du bulldozer de Kagame pour rayer le français dans ce pays où 99% des intellectuels parlent parfaitement le français. Et je peux parier sur l'avenir, le Rwanda ne deviendra pas anglophone, parce qu'une langue ne s'impose pas elle s'adopte. L'EAC n'a qu'à bien se tenir et préparer un avenir où le français sera également sa langue officielle. Ceci ne devrait d'ailleurs pas causer de soucis, puisque le français est enseigné dans les écoles comme la Tanzanie, le Kenya et l'Ouganda.<br /> Eugène Shimamungu
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